APERÇUS DE LA SPIRITUALITÉ CHINOISE TRADITIONNELLE

Chaque culture a son propre système de pensée, et les enseignements qui correspondent. Cependant, en dépit des différences, on relève ici ou là, plus ou moins de dénominateurs communs au sein d’une humanité plurielle, notamment dans le domaine des codes moraux.

S’agissant des trois principaux modes de pensée que sont: le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme, on s’accorde pour les grouper sous le vocable de “Trois Enseignements”, “trois religions” ou qualifier l’ensemble de “syncrétisme chinois”. A noter toutefois que d’autres courants religieux, ou idéologies étrangères ont traversé la Chine: le christianisme, le zoroastrisme, et beaucoup plus tardivement l’islam. Ils ont été plus ou moins digérés, adaptés, voire rejetés, le terme de syncrétisme n’est pas le plus approprié à la réalité de “terrain”!

La civilisation chinoise est marquée par une profonde originalité dans le domaine des croyances et des pratiques sociales traditionnelles. Sa culture a fait preuve à la fois d’une grande pérennité et d’une capacité d’assimilation des apports extérieurs. Le régime populaire, dont le but proclamé était de changer la société, a suscité de profonds bouleversements depuis cinquante ans. Bien que près des deux tiers des Chinois n’aient, en 1990, pas connu d’autre régime, les traditions anciennes se sont maintenues et tendent même à se manifester à nouveau.

Trois fondements idéologiques conservent une grande importance dans la Chine contemporaine.

 


La tradition confucéenne

 

> Elle aurait été établie par Maître Kong (Kongfuzi), philosophe qui vécut entre 551 et 479 av. J.-C., dont les jésuites ont latinisé le nom en Confucius.

Le confucianisme ne correspond pas à la définition de religion, il s’agit plutôt d’une morale sociale. Confucius refuse de questionner les origines ou les fins dernières. Face à la diversité des cultes pré-impériaux, il propose au contraire une pensée unique qui vise précisément à dépasser les conflits de valeurs et à assurer la paix sociale. On comprend l’intérêt d’une telle idéologie dans le processus de construction de l’État. L’Empire des Han (221 avant J.-C. – 206 après J.-C.) fera du confucianisme impérial sa « religion d’État ». 
  Le confucianisme établit un parallèle entre l’ordre du monde et celui de la société. Il transpose les relations familiales en termes cosmiques. L’ordre du monde est garant de celui de la société. La piété filiale, sans laquelle il n’y a pas d’ordre possible, se manifeste par des rites rendus par le fils au père. L’empereur ne rend de rites qu’au Ciel; il est le «fils du Ciel», média sur la Terre de la sagesse d’en haut. Le confucianisme restera jusqu’au XXe siècle une base importante de la conception de l’État. Le premier devoir de l’Empereur étant de confier les fonctions gouvernementales à des personnes dignes de les exercer, les conceptions de Maître Kong ont fondé en droit les attributions de la classe des lettrés; ces derniers sont recrutés après avoir passé des examens très codifiés. La notion de “bon gouvernement” est centrale dans l’Empire du Milieu”!

A l’époque Song (Xè -XIIIè siècle), un nouveau courant du confucianisme apparaîtra et se retrouvera en conflit avec les tenants du retour à l’orthodoxie du confucianisme originel. Le confucianisme, influencé par le taoïsme et le bouddhisme avait évolué vers des conceptions innéistes de la sagesse (“l’en soi” de Wang Yang Ming). Cette doctrine accrédite le subitisme de l’illumination de l’esprit, sorte d’intuition des choses. D’autre part la notion d’illusion du réel, heurtera le réalisme confucéen classique défendu par Wang Fuxi. Restera de tout cela, d’une part le confucianisme “orthodoxe” tenant au plus près au fonctionnement de l’État, avec conjointement une part de taoïsme ainsi qu’une interprétation chinoise du bouddhisme.

Les classiques confucéens sont rassemblés dans un thésaurus structuré en “Cinq classiques” (le “classique des mutations”; le classique des vers; le “classique des documents”; les annales “des Printemps et des Automnes”; les chroniques de l’État de Lü”) et “Quatre livres” ( le “Classique des Rites” dont sont tirés la “Grande Étude” et “l’Invariable Milieu”; les “Analectes de Confucius”; le “Mencius”).

 

Le Taoïsme ou la voie du Tao

 

> En parallèle de la doctrine  confucéenne qualifiée quelquefois de “stoïcienne”, existe dans la société, une pensée spéculative très différente: le “Taoïsme ». Elle trouve son sens au travers de l’observation de la nature, des cycles et des forces qui l’animent. Le taoïsme apparaît d’une certaine manière comme une mutation structurée du chamanisme, il est fondé sur un ensemble de croyances et de pratiques anciennes issues des cultes populaires. Dans le Taoïsme aucun être divin, aucun thaumaturge, c’est dire la vision dubitative que ses tenants ont de la notion de “Fils du Ciel”, des conceptions  confucéennes de l’ordre des choses et de l’intellectualisme des lettrés.

Les taoïstes cherchent à expliquer le monde en transposant leurs perceptions dans le champ symbolique de la spiritualité. La doctrine du “non agir”, concept abscons lié à leur vision des équilibres harmonieux en toute chose, est rapportée à un fondement cosmogonique nommé “Tao”. Le tao est un principe, ou «souffle» fondamental, qui unit deux principes actifs ou passifs à la fois opposés et complémentaires mais concomitants: le yang (pur, élevé, lumineux, relatif au ciel) et le yin (impur, inférieur, opaque, relatif à la terre). Ils sont présents dans l’univers et dans le corps humain, avec une prédominance du yang chez l’homme et du yin chez la femme.

Vers le IIe siècle de l’ère chrétienne, le taoïsme se constitue des attributs proprement religieux, avec un panthéon, des cultes, des prêtres et des moines.

Les textes fondamentaux du taoïsme ont été rassemblés en un «canon taoïste» au XVe siècle (1500 ouvrages), parmi les plus marquants on retient de Laozi: le « Dao De Jing » (livre de la Voie et de la Vertu » et le « Zhuangzi ». On retiendra aussi le remarquable ouvrage de Catherine Despeux « Lao Tseu: le guide de l’insondable » (v. chapitre Documents du site)

 

Bouddhisme à la chinoise

 

> Une “religion” venue d’ailleurs, née en Inde, le bouddhisme se diffuse vers l’Asie centrale et l’actuel Turkestan chinois par la médiation pacifique des moines et des marchands dès le Ier siècle. Mais l’essentiel de la Chine, derrière la grande muraille, reste imperméable aux nouvelles croyances… Cette nouvelle spiritualité présentait en effet des caractéristiques en désaccord avec l’idéal moral et social façonné par le confucianisme. Ainsi, le célibat monastique adopté en vue du perfectionnement spirituel individuel contrevenait au devoir de contribuer de façon productive à la famille et à l’empire, au détriment de l’accomplissement personnel si nécessaire.

Au VIè siècle, le bouddhisme jusqu’alors en faveur dans l’aristocratie,  s’étendra à toutes les couches de la société, jusqu’à devenir de fait, « religion d’État ». le bouddhisme est la première « religion » – au sens occidental du terme – à s’imposer en Chine… Une telle expansion n’est évidemment pas indépendante de transformations plus larges: elle coïncide avec l’émergence d’un nouveau pouvoir fort, celui de la dynastie des Tang. Cependant au Xè siècle, son influence et ses richesses provoqueront une réaction xénophobe d’éradication, sans jamais qu’il disparaisse totalement.

En regard du taoïsme, le bouddhisme présentait des similitudes apparentes, au point d’en être perçu comme une forme particulière de taoïsme. D’ailleurs, le vocabulaire taoïste servit à traduire celui en sanscrit des soutras. Certaines notions se confondirent au point qu’il est parfois impossible de démêler précisément les deux influences.

Parmi les notions de base du bouddhisme, la vacuité de toute chose, l’inconcevabilité de la réalité absolue et l’«impermanence» n’étaient pas sans parenté avec le taoïsme, tandis que le concept de cycle des renaissances et les actions permettant d’y échapper (karma) étaient plus nouveaux, voire choquants pour les Chinois. Une notion tout à fait mineure dans la pensée chinoise, celle de la compassion, fondamentale dans le bouddhisme, elle n’aura pas la même centralité dans la doctrine C’han.

La proximité entre taoïsme et bouddhisme ne cessa jamais ; on les trouve conjointes dans les pratiques populaires. À partir des Song (960-1279), la tendance originelle à l’osmose profonde entre confucianisme, taoïsme et bouddhisme, se généralisera.

Le bouddhisme chinois est multiforme, avec des écoles telle que l’école tantrique qui gagnera le Tibet. L’école C’han (dite « du Sud ») apparaît à partir du milieu du VIIIè siècle. Il s’agit d’un courant parfois iconoclaste, qui prétend se passer de support textuel, au contraire des autres courants. Toujours important au XXIè siècle, il est à l’origine des écoles Zen.

Un ouvrage de référence à retenir: « La Voie du Bambou » de Yen Chan. (v. chapitre « Documents »)

Le Chamanisme religion originelle d’un peuple

On entend généralement par chamanisme un ensemble de croyances populaires et de pratiques d’origines très anciennes. Elles intéressent toutes les classes de la société. Le culte des ancêtres (présent en 1700 av. JC.), rendu dans chaque clan aux parents décédés, en est la base. Le panthéon des divinités, se réfèrent aux forces naturelles. La relation avec le domaine des mystères est régie par les pratiques divinatoires et la géomancie.   Cette dernière appelée “feng shui”, repose sur l’idée qu’il est nécessaire, pour conserver sa force, de retenir les souffles fondamentaux en disposant les lieux de travail et d’habitation en fonction de règles précises, se rapportant notamment aux quatre points cardinaux.  Dans la vision chinoise, le monde est en effet peuplé de divinités (souvent des personnages historiques élevés au rang de dieux ou d’immortels), d’esprits et de démons. Ils se retrouvent partout: au Ciel, dans l’un ou l’autre paradis chinois, dans les souterrains infernaux, ou sur la Terre, dans les montagnes, les rivières, les arbres, et même à l’intérieur du corps humain. Ces divinités et esprits ne sont pas à l’origine du monde ou des êtres humains. Ils sont soumis à la loi du dao et contribuent, comme l’être humain, à maintenir une harmonie cosmique.

Des rites se rapportent à toutes les étapes de la vie, ils sont célébrés dans des temples régis par les communautés villageoises.

Les rituels représentent des prescriptions “animées”  qui  expriment  l’ordre et l’harmonie entre le monde des humains et le monde invisible des esprits et des revenants. Le canevas de base de tous les rituels consiste à s’attirer les bonnes grâces des esprits afin de bénéficier de leur protection. S’occuper aussi des ancêtres défunts pour qu’ils puissent vivre dans le monde des esprits, évite que revenants, ils hantent la conscience et perturbent la vie des vivants.