« QI GONG »

Le qi gong traduit par « maîtrise de l’énergie » est aussi qualifié de « gymnastique chinoise », toutefois, le qi gong n’a absolument rien à voir avec ce que traduit en Occident la pratique gymnastique en tant qu’exercice sportif.

Le qi gong est la dénomination « synthétique » (souvent fourre tout) contemporaine reprenant des pratiques beaucoup plus ancienne: les « dao yin » (voie pratique du: pousser-tirer-étendre…) intimement corellées avec la médecine traditionnelle chinoise.

« Dao yin tu » (tombeau de la Marquise de Daï)

 

Qi gong est un terme générique recouvrant plusieurs orientations d’exercices corporels coordonnés avec toutes sortes de modulations de la respiration.

Les exercices appelés originellement « dao yin » (traduit par « conduire l’énergie ») mettent en œuvre les perceptions proprioceptives du schéma corporel. Les dao yin développent la laxité ligamentaire, et donc la mobilité fonctionnelle. La dimension esthétique du qi gong, par la fluidité gestuelle conduit à une sensation de globale harmonie physique et plus largement psychique.


Au final les impressions qui se dégagent dans la pratique du qi gong s’établissent sur une prise de conscience objective de son corps, de la maîtrise sensorielle de celui-ci, qui va dans le sens d’un développement des facultés intéroceptives et extéroceptives. La pratique du qi gong est une composante non négligeable d’une excellente hygiène de vie.

 

LE QI GONG EST INCONTOURNABLE À LA PRATIQUE DU TIR À L’ARC EN « KŪNG DAO »

 

« Ba Duan Jin – Kūng-Dao »

(clicker dans le rectangle)

 

« POINT DE VUE DOCTRINAL »

QUATRE PRINCIPES TAOÏQUES RAPPORTÉS AU TIR À L’ARC

Préambule

Dans son remarquable “Traité des quatre principes de nutrition taoïste”, l’auteur, Jean-Luc Saby écrit en substance que dans l’enseignement de la méthode de Dao Yin Fa (la Voie des Yi Yin Fa), l’étude passe par la compréhension progressive des bases philosophiques du taoïsme au travers de la forme corporelle. Dans cette démarche, la pratique intègre l’aspect édifiant relatif à l’application de quatre principes. On trouvera à suivre, une interprétation de la doctrine par un Maître d’armes en tir à l’arc.

Les “QUATRE PRINCIPES”

> Premier principe “Shi Ban Gong Bei”

ou comment être efficace avec un minimum d’effort…

(implique une connaissance pratique éprouvée.)

Shi: situation d’activité; fonction réalisatrice…..

ex: Commence à partir de la posture de départ de la séquence (wu ji), l’enracinement puis prise de l’arc en main (d’arc).

Ban: coordination d’activités; conjonctions fonctionnelles optimales….

ex: ….Cycle respiratoire synchronisé à la gestuelle.

Shi-Ban = Coordination énergétique fonctionnelle …

ex: main d’arc: une fonction (extension) & main de corde: autre fonction (traction, alignement) dans la tension de l’arc.

Gong: direction énergétique de réalisation produisant la résultante attendue.

Bei: Détermination mentale qui conduit l’action physique.

Gong-Bei : Concentration sur le déroulement d’un processus… efficacité optimale…

Shi-Ban-Gong-Bei = Efficience des Dao-yin dans le déroulement des phases de la séquence de tir.

Nb : l’efficience est dans l’effort minimum induit au travers d’une coordination fonctionnelle optimale. La résultante est dans la surmultiplication de l’effet (souligné rituellement, de la prise de l’arc jusqu’à l’échappement).

> Deuxième principe “Bao Kuo”

ou comment s’expriment…. les capacités de maîtrise énergétique…

Bao: Engager et assumer sereinement ce qui doit d’être réalisé….

Kuo: Embrasser la situation; prendre en charge….

Bao-Kuo = Engager une situation sous contrôle mental…

Nb : Stabilisation des axes ; maîtrise de la posture, et de la totalité de la forme de tir ; embrasser la situation avec sérénité; adopter une attitude en adéquation avec les circonstances, s’en tenir à l’essentiel : l’arc, la corde, la flèche, la cible-soi-même…

ex: arrivée au pas de tir, être en pleine possession de ses moyens physiques et mentaux, pour un (bon) déroulement de séquence…

(les préalables de visualisation sont de bon augure pour la réalisation)

> Troisième principe “Zhang Kaï”

ou les tensions d’ouverture… correspondent à une distribution énergétique harmonieuse…

Zhang: (e)tendre; extension…

Kaï: ouverture, dégagement d’un passage étroit; ou (re)fermé…

ex: en situation de tendre l’arc, les deux mains s’écartent lors de l’extension, les épaules dégagent la poitrine, car dans le dos; les omoplates (paumelles) glissent en tournant sur la cage thoracique et décrivent une courbe, comme une ouverture de portail thoraco-pectorale (Men).

(Cet enchainement est centrifuge, s’accorde de façon complémentaire  avec l’inspiration qui est centripète.)

Nb : « Zhang kai, »… alors que le corps s’ouvre, la ceinture scapulaire s’écarte et dégage la poitrine ; l’inspiration se développe, la pression des liquides corporels augmente, l’intensité électrique des influx nerveux met le cœur sous tension…

> Quatrième principe “Wu Wei”

ou comment un processus s’écoule avec fluidité vers la finalisation naturelle (cyclique ou linéaire).

Wu: négation; inexistence…

Wei: ce qui est action; ce qui se développe…

- activité physique: sensorielle; proprioceptive

- activité psychique: perception; représentation…

Wu-Wei: non agir non troubler…

ex: Échappement de la corde-flèche… la main d’arc reste en direction de la cible, la main de corde est éjectée dans la direction opposée. Tout se produit de manière naturelle et spontanée.

Nb: Dans la séquence de tir à l’arc, la posture initiale “Wu Ji” est suivie de l’action de tendre l’arc en position de pré-armement vers la cible “Shi Ban Gong Bei”, ensuite l’armement s’effectue en se plaçant au milieu vertical et horizontal de la cible “Ba Kuo”, puis le mental se focalise dans la visée traversante du point central et enfin la corde s’échappe sans intention manifestée “Wu Wei”, entrainant la flèche vers le but, l’expiration s’exhale après l’inspiration en suspension. L’expiration est passive et son mouvement est centripète.

Retour (cyclique) en posture (initiale) “Wu ji”.

Commentaire:

L’enseignement du tir à l’arc chinois en temps que philosophie de l’être en soi, est à considérer avant tout comme un cheminement initiatique, lequel traverse ici et là tel ou tel aspect des “Trois enseignements”.

Si l’interprétation de l’Art du tir à l’arc est ici en correspondance avec le courant de pratique gymnique taoïque “dao yin fa”, le bouddhisme “chan” y trace aussi sa propre voie. Le confucianisme n’en est pas pour autant exclu, qui aura structuré la représentation rituelle traditionnelle tout au long des époques dynastiques.

Il n’en reste pas moins évident que “Don du Ciel”, l’Art du tir à l’arc dans ses voies philosophiques d’accomplissement, la mentalité chinoise a toujours bien perçu que c’est d’abord les pieds sur terre, dans l’efficacité opérative, que s’enracine toute édification spéculative.