Éditoriaux 2013

TIRER À L’ARC: UN JEU D’ENFANT???

Voyant un archer en situation, la plupart d’entre nous avons (eu) notre imagination d’enfant remonter à la surface des fantasmagories juvéniles. Ce temps  s’est éloigné, bousculé par d’autres envies plus “à la mode”.

Certains d’entre nous ont, à l’occasion, renoué avec le tir à l’arc, en loisir, voire en sport de compétition. Toutes et tous n’ont pas tardé à se rendre compte que l’arc n’était pas le jeu qu’on croyait, il fallait, outre l’effort, beaucoup de rigueur gestuelle pour être précis, mais surtout et nous dirons, avant tout, un très rigoureux travail sur le mental. Alors là, fini les petits sourires condescendants sur les “indiens” comme sur les “pétanquiers”.

 

J’ai pratiqué la discipline dite “tir olympique” en tant qu’athlète de haut niveau, j’entraine encore des compétiteurs et compétitrices de niveau mondial et là, on ne joue plus. Ceux qui n’ont pas pratiqué à haut niveau ne peuvent pas s’imaginer ce que cela représente d’investissement technique; physique et encore bien au-delà, de maîtrise mentale.

 

Aujourd’hui et ici j’évoquerais la Voie de l’arc dans ses trois “degrés” selon les traditions chinoises passées, et la résurgence de cette philosophie. J’ai pu constater que le “point central” qui transparait dans les discours sur les wushu, avec ou sans armes, c’est: (ce) fameux “mental”. Mental de tel contre mental de tel autre? Mental par rapport à l’en soi? Mental dans le regard de l’autre? Si j’osais, je dirais qu’il s’agit en fait de la relativité de sa propre “vérité” par rapport à celle de l’autre, ou dans la solitude de l’exercice individuel, de la vérité du quant à soi egotique.

Dans la pratique du tir à l’arc, paradoxalement, le plus dur n’est pas la situation de concours ou de quelque situation de comparaison duale à l’autre, le plus “ingrat”, c’est le tir seul à seul face à cette cible-miroir-de-soi-même. Et je me répèterais encore ici en disant encore: là on ne joue plus, sauf à vouloir s’illusionner.

Alors pourquoi s’étonner que le “compétiteur” affecte le détachement dans l’insuffisance et assure alentour ne pratiquer  qu’en dilettante. Pourquoi s’étonner que tant de maîtres en kilomètres de wushu, évitent d’afficher par le tir à l’arc, la vérité absolue de leurs talents?

Je vous invite à méditer sur les propos de maître Kong, il assurait que l’on pouvait connaître les vertus d’un homme en l’observant au tir à l’arc.

 

Pour pratiquer l’art du tir à l’arc, ne faudrait-il pas avoir gardé un coeur d’enfant?

 

“Les traditions ont leurs  raisons que les raisons du  sport n’ont pas….”

Un évènement d’importance échappe chaque année à l’attention de la multitude d’écoles; de “familles”; de styles; pratiquant arts martiaux et/ou arts dits “internes”. Sans doute est-ce parce que chacun se satisfait de vivre dans son univers clos.

Cet évènement ne fera jamais non plus la une des magazines sportifs, d’ailleurs il n’a rien à y faire! Parle-t-on de championnats, de records, de médailles, voire même de dérives lorsqu’il s’agit d’Arts Traditionnels? Il est vrai que l’on commence à voir des joutes traditionnelles glisser insensiblement vers le spectacle sportif.

 

pastedGraphic.pdf

 

Bouthan:  Tir traditionnel avec des “arcs” compounds ultra modernes (cliché internet)

 

L’évènement dont il est question plus haut, c’est la Convention des “Arts Classiques du Tao”. L’adhésion à ce groupement original tient à ce que rappelle son initiateur Georges CHARLES, (Maître en Arts Classiques Taoïques et autres Enseignements traditionnels):

 

“….nous ne nous reconnaissons pas dans une fédération unique dont le seul but est d’aboutir dans le giron olympique et de transformer des Arts de Vie en sports de combat, …..d’abandonner peu à peu la spécificité des écoles qui, pour ces mêmes raisons, ont pour la plupart disparues de Chine.

Nous souhaitons simplement que les pratiquants puissent pratiquer, que les enseignants puissent enseigner et que les pratiquants qui désirent enseigner puissent le faire en respectant le système qui a toujours existé au sein des écoles représentatives de ces Arts Classiques du Tao. Et ceci depuis des siècles…….nous revendiquons haut et fort la capacité de nos Enseignants, Membres de cette Convention, à transmettre un héritage historique et culturel spécifique.”

C’est cette ouverture contemporaine aux arts de tradition qui fait l’extraordinaire richesse des échanges au sein de la “Convention des Arts Classiques du Tao”. Tous ses membres se reconnaissent dans cette convergence d’esprit autour de ce que représentent les notions de “tradition” culturelle et “d’authenticité” d’expression.

 

GÉDÉIX